Les objets n’ont plus de secret pour Le Guillerm
Tout y est : la piste, les gradins, les filets protecteurs et même le rugissement des fauves ! Pourtant, lorsque Johann Le Guillerm surgit, chaussé comme un reptile, son fouet à la main et l’œil perçant, tout bascule...
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Tout y est : la piste, les gradins, les filets protecteurs et même le rugissement des fauves ! Pourtant, lorsque Johann Le Guillerm surgit, chaussé comme un reptile, son fouet à la main et l’œil perçant, tout bascule dans ce qu’il est convenu d’appeler depuis le début des années 70, le nouveau cirque ou cirque contemporain. "Je m’inscris dans une démarche circassienne", revendique l’artiste invité à Metz par Moselle Arts Vivants dans le cadre de son festival Cartes Blanches avec Secret, sa dernière création. "Le cirque est l’espace architectural naturel de l’attroupement, depuis que les hommes se réunissent autour du feu et c’est un espace dédié aux pratiques minoritaires avec des choses qui ne sont pas faites ailleurs", affirme-t-il.

Disons-le d’emblée, Secret est un spectacle inédit tant dans les numéros qu’il propose – certains sont dignes de véritables installations d’art contemporain comme ces troncs d’arbres superposés et coiffés d’une hache – que dans les questions qu’il pose.

Un équilibre fragile

Sous les mains et le corps de Johann Le Guillerm, issu, rappelons-le, de la première promotion du Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne et lauréat du Grand prix national du cirque en 1996, tout se transforme et tout prend vie.


Une tige de métal devient un cercle capable des plus belles figures. Des lessiveuses entament une danse endiablée dans laquelle l’artiste n’hésite pas à se glisser. Un avion de papier vole aussi bien que s’il était télécommandé. D’immenses planches en bois tenues entre elles par des cordes s’élèvent vers le haut du chapiteau offrant, cette fois, à l’artiste le plaisir de l’aventurier, du singe ou, qui sait, de l’architecte... Shigeru Ban n’a qu’à bien se tenir !

"On tente de faire. Il y a tellement de choses fragiles", lâche Johann Le Guillerm. Il s’avoue prêt à recommencer un numéro qu’il n’aurait pas réussi sur scène.

Interrogé sur son rapport à la science – ses constructions sont-elles empiriques ou la mise en pratique de théories scientifiques ? – il dit simplement et modestement "observer le monde". "Au cirque, on exploite les phénomènes. La science, elle, démystifie les phénomènes."

Et si Johann Le Guillerm ne cherchait pas tout simplement à surprendre le spectateur,, à le déstabiliser dans ses habitudes et, le temps d’un spectacle, à l’inviter à regarder autrement les objets qui l’entourent ? "Mon regard n’est pas visuel, il est explosif", met-il en garde. Une seule certitude : jamais aucun rodéo n’aura été aussi puissant, majestueux et onirique que celui de Le Guillerm, chevauchant un buisson d’épines.

Gaël CALVEZ.
Source : Le Républicain Lorrain