Dans les coulisses du Cirque Nock
Quatre-vingts caravanes et autant d’habitants. Des pulls et des chaussettes qui prennent le soleil, deux lapins en cage et quelques zèbres...

Le cirque a planté son chapiteau à Plainpalais. Incursion dans les coulisses, à la découverte du quotidien des artistes ambulants.

Quatre-vingts caravanes et autant d’habitants. Des pulls et des chaussettes qui prennent le soleil, deux lapins en cage et quelques zèbres. Et deux chameaux. Un camping d’un nouveau genre ? Non, le village ambulant du Cirque Nock, le plus vieux de Suisse, installé à Plainpalais jusqu’à mercredi prochain.

Ici, le jongleur a pour voisin la funambule, et le Tchèque emprunte du sel au Colombien. Un village du monde et des arts. Pourtant, le quotidien de cette grande famille ne rime pas qu’avec paillettes, excentricités et magie. La vie à la scène n’est pas celle de la caravane. Une fois hors des lumières du chapiteau, magiciens et acrobates redeviennent de simples mortels.

Entre les répétitions et la représentation journalière six jours sur sept, les tours de passe-passe et les exercices de voltige laissent place aux courses, promenades et visites de la ville hôte. Sans oublier le ménage évidemment, même si les appartements sur roues sont vite nettoyés. "Mais on doit faire plus de ménage que d’habitude quand on s’arrête à Plainpalais ! peste le clown Roli, 35 ans. Avec ce nouveau revêtement, il y a plein de poussière partout et l’écran de la TV est sans cesse recouvert d’une pellicule rouge !"

Nedko Ivanov, motard de l’extrême, Karina Maskina, trapéziste, et leur fille devant leur caravane


Un logis mouchoir de poche

Pas une trace de poussière chez Karina Maskina et Nedko Ivanov. L’intérieur de leur caravane est impeccable, la moquette marine et les meubles en contreplaqué. Minicuisine, placard-douche et un lit double pour trois, tout y est ! Mais dans un mouchoir de poche, agencé sur quelques mètres carrés. La trapéziste de 25 ans et son motard tête brûlée y vivent avec leur petite fille Sofia, huit mois par an. "On a préféré acheter la caravane. Le cirque en met à disposition mais la location est retenue sur le salaire. Et ce n’est jamais vraiment chez soi…" explique Nedko. Pour ces déracinés, le sentiment d’un chez soi itinérant et le maintien d’une sphère privée est primordial. Alors chacun fonctionne de manière indépendante, repas et activités sont rarement partagés. "On fait quand même des barbecues tous ensembles, mais pas souvent !", nuance Roli.

Les adultes ont trouvé leurs marques, tout comme les enfants. La petite Sofia n’a que cinq mois mais vit déjà au rythme du cirque. Elle y dort même. Quand maman voltige dans les airs – elle a repris le show trois semaines après l’accouchement –, Sofia pique un somme, bien installée… sous la haute estrade de l’orchestre polonais en pleine représentation !

L’école entre les répétitions

Qui dit enfants, dit aussi éducation. Par correspondance pour les adolescents et adultes, directement sur les bancs du chapiteau pour les plus jeunes. Le Cirque Nock compte quatre enfants et dès qu’ils seront en âge d’étudier, un professeur suivra la tournée pendant toute la saison. "Quand j’étais petit, ce système n’existait pas, explique le clown Gaston, 60 ans. Alors j’allais à l’école où l’on se produisait, et je découvrais une nouvelle classe tous les deux jours !".

L’artiste de cirque est un nomade, qui doit apprendre à vivre loin des amis et de la famille. "Il y a Facebook pour rester en contact avec les quelques copains qu’il nous reste, explique Karina. Et Skype pour parler à la famille et leur montrer Sofia !" Certains, comme Gaston, ont essayé d’arrêter et de devenir sédentaires en faisant des petits boulots et en se produisant dans des galas. Sans succès, le clown n’a pas tenu plus d’un an ! "Cette vie sur les routes n’est pas faite pour tout le monde, concède Karina. Mais elle me convient, j’aime voyager, rencontrer de nouvelles personnes. Tout ce dont j’ai besoin se trouve dans ma caravane, à portée de main !".
Source : Tribune de Genève