Smashed par Gandini Juggling
Ici, les pommes remplacent les balles, le charleston se fait sautillant, et l’élégance des années 30 est de mise, entre nonchalance feinte et enjôleuses œillades cerclées de crayon noir...


Ici, les pommes remplacent les balles, le charleston se fait sautillant, et l’élégance des années 30 est de mise, entre nonchalance feinte et enjôleuses œillades cerclées de crayon noir.

Jubilation à couper le souffle quand les neuf jongleurs démultiplient leurs mouvements à l’infini, en hommage rieur à la chorégraphe Pina Bausch. La dextérité le dispute à l’humour pince sans rire, les fruits valsent et soudain… la vaisselle du tea time s’ébrèche !

Entretien avec Sean Gandini


Comment est née le Gandini Juggling ?

La compagnie a presque vingt ans, nous avons commencé quasiment en même temps que Jérôme Thomas en France. À l’époque, le jonglage était encore très classique, présenté essentiellement lors de courts numéros. Nous avions envie de voir ce qu’on pouvait faire de différent, il nous semblait que les possibilités étaient géantes ! Nous le pensons encore aujourd’hui. C’est d’ailleurs une période formidable pour le jonglage, la vivacité est forte, notamment en France et en Finlande.

Quelles sont les premières pistes que vous avez explorées ?

Nous avions envie de considérer le jonglage comme de la danse. Nos premières créations étaient très abstraites, dans l’esprit du chorégraphe Merce Cunningham. Dès le début aussi, nous avons travaillé avec des systèmes numériques destinés à créer des figures de jonglage ; notamment avec l’informaticien Mike Day, l’un des découvreurs de la notation mathématique du jonglage. Même si ça ne se voit pas forcément de l’extérieur, ce processus de travail est toujours présent dans nos créations ; quelques séquences du spectacle Smashed sont d’ailleurs écrites numériquement.

Est-ce cette écriture qui donne l’impression de chorégraphie millimétrée ?

Oui je pense que ça y contribue beaucoup. Ce "solfège jonglistique" est très utile, il nous permet d’agir comme des musiciens qui travailleraient sur des partitions. En vingt ans, beaucoup de jongleurs ont travaillé avec nous, et connaissent notre répertoire ; on peut donc les appeler pour assembler rapidement des choses un peu compliquées, on commence à avoir un langage commun.

La compagnie est donc à géométrie variable suivant les projets ?

Oui, nous étions trois ou quatre à sa création, dont Kati Ylä-Hokkala et moi, qui en faisons toujours partie. L’équipe fonctionne désormais avec quatre jongleurs à plein temps, et une vingtaine d’autres jongleurs, employés trois à quatre mois chaque année. Sur Smashed, nous avions envie de partir vers un peu plus de théâtralisation : les neuf jongleurs – d’origine finlandaise, irlandaise, espagnole, anglaise, italienne, française… - sont des techniciens très virtuoses, et ils ont tous aussi un côté théâtral.

Ce spectacle constitue aussi un hommage à Pina Bausch ?

Oui, Smashed est notre interprétation jonglistique du monde bauschien ! Nous faisons surtout référence à l’image de la parade qui revient incessamment dans le spectacle Kontakhof : je m’étais toujours dit que ce serait fantastique d’en faire une version jonglée. Nous avons créé ce spectacle en Angleterre en 2010, pour le festival Watch This Space, qui se déroule devant le Théâtre National, et nous donne chaque année une carte blanche. Nous venons de mener une résidence à La Brèche de Cherbourg, pour créer une version de 50 minutes destinée à la salle ; la version actuellement proposée en rue fait 30 minutes.

Smashed explore aussi une imagerie des années 30 ?

Oui, et aussi le rapport hommes / femmes. Comme il n’y a que deux femmes parmi les neuf jongleurs, nous avons joué sur ce déséquilibre très visuel, et sur la difficulté des rapports entre les hommes et les femmes, qui est aussi un thème très Bauschien…

Dans Smashed, les balles sont remplacées par des objets de la vie quotidienne ?

Oui, il n’y a que des pommes et de la vaisselle ! Il ne faut pas l’ébruiter, mais à la fin, on casse tout… C’est très thérapeutique pour nous, jongleurs, qui passons notre vie à essayer de ne pas faire tomber nos objets !

Propos recueillis par Julie Bordenave


Marché de Perros-Guirec - Vendredi 3 juin à 11h
Esplanade du Coz-Pors à Trégastel - Samedi 4 juin à 17h30
Espace Phœnix à Pleumer-Bodou - Vendredi 3 juin à 20h & Samedi 4 juin à 20h30
Source : Carré Magique




Sébastien BERNARD - Collections - [email protected]
François DEHURTEVENT - Photographe - [email protected]
Jean-Pierre JERVA - Photographe / Galeries - [email protected]
Fabien LACROIX - Webmaster / Communication - [email protected]
Julien MOTTE - Newser / Agenda - [email protected]
Jean PEPIN - Newser / Petites annonces - [email protected]
Patrick PREVOST - Newser - [email protected]